Published On: août 25, 2026Categories: randonnée

Furfooz : la réserve où la Lesse remonte le temps

Il y a des paysages qui racontent une histoire et d’autres qui la contiennent. Furfooz appartient à la seconde espèce. Sur cinquante-huit hectares enroulés dans un large méandre de la Lesse, à quelques kilomètres en aval de Dinant, se superposent quatorze mille ans d’occupation humaine — des chasseurs du Paléolithique aux garnisons romaines, des sépultures préhistoriques aux ermitages médiévaux — et tout cela tient sur une boucle de trois kilomètres et demi que l’on parcourt en deux heures.

Le miracle de l’endroit, c’est qu’on ne s’en rend pas compte tout de suite. On entre par un sentier ordinaire, sous les hêtres. Puis le sol se fait calcaire, les falaises apparaissent, une bouche noire s’ouvre dans la roche, et l’on comprend soudain que ces cavités furent des maisons. Un peu plus loin, au détour d’un virage, des thermes romains grandeur nature vous attendent au milieu de la forêt, comme un décor qu’on aurait oublié de démonter.

Ardenne & Gaume, l’association qui veille sur le site depuis 1948, a une jolie formule pour le décrire : « Furfooz, un petit coin de Provence ». Les pelouses calcaires sèches, les rochers blancs chauffés au soleil, les papillons — six cent soixante espèces de lépidoptères y ont été recensées — donnent en effet à ce coin de Wallonie un accent méridional inattendu. À environ 25 minutes de voiture du Domaine du Bonsoy, c’est la promenade que nous recommandons le plus souvent à nos voyageurs.

Une réserve naturelle, et non un parc

Commençons par une précision qui vous évitera des recherches infructueuses : le site s’appelle officiellement Réserve naturelle de Furfooz, et son site internet est reservedefurfooz.be. L’ancienne appellation « parc de Furfooz » circule encore sur les moteurs de recherche, souvent accompagnée de tarifs périmés. Fiez-vous aux informations ci-dessous et à la page officielle.

La réserve appartient à la Ville de Dinant et est gérée depuis 1948 par l’ASBL Ardenne & Gaume, dans le cadre d’un bail emphytéotique de quatre-vingt-dix-neuf ans. Elle couvre 58,5 hectares à l’intérieur d’un méandre en rive droite de la Lesse, entre Houyet et Dinant, sur l’interfluve du ry des Vaux. Un ruisselet intermittent, le Sébia, y coule.

Furfooz n’est pas un site qui se visite : c’est un site qui se marche. Les quatorze points remarquables du parcours ne se laissent découvrir qu’à ceux qui montent.

Les thermes romains : un monument reconstruit grandeur nature

Thermes romains reconstruits en pleine forêt à Furfooz
Les thermes romains de Furfooz, reconstruits grandeur nature en 1958.

C’est la surprise du parcours, et sans doute son moment le plus saisissant. À la fin de l’époque romaine, une garnison installée sur les hauteurs se fait construire des thermes en contrebas. Le bâtiment traverse les siècles à l’état de ruines, jusqu’à ce qu’en 1958, on décide de le reconstruire entièrement, à l’échelle exacte.

Le résultat est troublant. On circule dans les salles, on distingue le caldarium du frigidarium, on devine le système de chauffage par le sol. Le site officiel le dit sans détour : ce monument grandeur nature vaut à lui seul le détour.

Un détail donne le vertige : après leur abandon, ces thermes furent réutilisés comme nécropole par une communauté germanique entre le IVe et le Ve siècle. Un lieu de bains devenu un lieu de mort, puis un lieu de mémoire. C’est très exactement l’histoire de la Wallonie en un seul bâtiment.

Les grottes, ou quatorze mille ans d’adresses successives

Entrée de grotte dans une falaise calcaire moussue à Furfooz
Les cavités de Furfooz, habitées depuis quatorze mille ans.

Trois cavités jalonnent officiellement le parcours : le Trou du Grand Duc, le Trou des Nûtons et le Trou du Frontal. Les deux derniers portent des noms qui racontent chacun quelque chose.

  • Le Trou des Nûtons doit son nom aux petits êtres du folklore ardennais, ces nains forgerons que l’on disait habiter les cavernes. Il servit bel et bien d’habitation — mais à des hommes.
  • Le Trou du Frontal tire le sien d’un os frontal humain découvert au tout début des fouilles. Le nom est resté.

Les grottes de Furfooz sont occupées depuis environ 14 000 ans, aux époques magdalénienne puis néolithique. On y devine aussi, sur le parcours, le départ du bras souterrain de la Lesse — la rivière disparaît sous la roche, comme elle le fait plus en amont dans le réseau souterrain des Grottes de Han.

Édouard Dupont et l’Homme de Furfooz

Le nom de Furfooz est entré dans l’histoire des sciences par la porte d’un Dinantais. En 1864-1865, le géologue et paléontologue Édouard Dupont (1841-1911) fouille le Trou du Frontal et y découvre une sépulture collective ainsi qu’une série de squelettes préhistoriques. Ses publications — L’homme pendant les âges de la pierre dans les environs de Dinant-sur-Meuse, puis Les Cavernes et les Rivières souterraines de la Belgique en 1872 — feront le tour de l’Europe savante.

Le fameux « Homme de Furfooz » a longtemps été présenté comme paléolithique. La recherche récente le rattache plutôt au Mésolithique : un chasseur-cueilleur ouest-européen. La science, elle aussi, se corrige — et c’est une bonne chose à raconter aux enfants sur le sentier.

Hauterecenne : la forteresse au-dessus du vide

Sur la crête qui domine la Lesse d’une centaine de mètres se dresse le site archéologique de Hauterecenne, occupé de la préhistoire jusqu’au XIIIe siècle. Au IIIe siècle, les Romains y établissent une forteresse du Bas-Empire — murs de barrage, tours, bains, nécropole, puis donjon — destinée à loger une garnison romanisée chargée de défendre l’arrière-pays des frontières. Les Francs la ravageront.

Le site a été classé le 18 juillet 1980 et reconnu Patrimoine exceptionnel de Wallonie. Le panorama, depuis là-haut, justifierait à lui seul la montée : la Lesse serpente cent mètres plus bas, et l’on comprend d’un seul coup d’œil pourquoi tant de gens ont voulu tenir cette crête. Les amateurs de forteresses mosanes retrouveront la même logique défensive à Crèvecœur, au-dessus de Bouvignes.

Un petit coin de Provence : la faune et la flore

Pelouse calcaire sèche et affleurements de roche blanche à Furfooz
Les pelouses calcicoles de Furfooz, entretenues par des moutons.

Furfooz superpose des milieux d’une variété rare sur une si petite surface : pelouses calcicoles sèches, falaises, érablière de ravin, hêtraie calcicole, forêt alluviale en bord de Lesse, et de nombreux phénomènes karstiques. Les pelouses sont entretenues par des moutons, méthode de gestion aussi douce qu’efficace.

Ce que vous pourrez voir

  • Fleurs des pelouses calcaires : la globulaire, la phalangère à fleurs de lys, le millepertuis des montagnes, l’ail à tête ronde, l’œillet prolifère, et l’ophrys abeille, orchidée qui imite l’insecte pour se faire polliniser.
  • Rochers et fissures : le genévrier commun, la fétuque des rochers, le cétérach — une petite fougère qui pousse à même la pierre.
  • Ravins : scolopendre, polystic à soies, lunaire vivace.
  • Papillons : le grand mars changeant, le nacré de la ronce, le demi-deuil, l’argus bleu nacré. 660 espèces de lépidoptères ont été recensées sur le site.
  • Rapaces : buse variable, bondrée apivore, faucon pèlerin, hibou grand-duc, hibou moyen-duc, chouette hulotte.
  • Au bord de la Lesse : le martin-pêcheur et le cincle plongeur, ce petit oiseau brun qui marche au fond de l’eau.
  • Chauves-souris : les cavités souterraines abritent de nombreuses espèces, dont les deux rhinolophes — le petit et le grand.

Si l’observation des oiseaux vous tente, sachez que nous avons consacré un article entier à l’Aquascope de Virelles et ses observatoires, à une cinquantaine de minutes du Bonsoy. Les deux sites se complètent admirablement : l’eau à Virelles, la roche à Furfooz.

Avant de partir : ce qu’il faut absolument savoir

Furfooz est un site sauvage, et cela s’assume. Quatre points méritent votre attention.

1. Les chiens sont interdits

Sans exception, et la mention est répétée sur toutes les pages du site officiel. C’est une réserve naturelle : la faune y est prioritaire.

2. Ni poussettes, ni fauteuils roulants

Le parcours comporte des escaliers taillés dans la roche et n’est accessible ni aux poussettes ni aux personnes à mobilité réduite. Des chaussures de marche fermées sont indispensables. La difficulté est qualifiée de moyenne : c’est une balade familiale, mais pas une promenade de santé.

3. Les travaux de voirie, en semaine

Depuis février 2026, des travaux affectent l’accès au parking du pavillon d’accueil. Concrètement :

  • Du lundi au vendredi (hors jours fériés), l’accès au parking de la Rue du Camp Romain peut être bloqué.
  • Les week-ends et jours fériés, ce parking reste accessible normalement.
  • Parkings alternatifs : « Traversée du Village », devant le cimetière de Furfooz (1,8 km de marche à travers le village), et « Val de Lesse », devant la gare de Gendron-Celles (1,2 km le long de la rivière — mais actuellement déconseillé en raison d’un risque d’inondation du sentier).

Des road books en PDF sont téléchargeables sur le site officiel. Venez de préférence le week-end, mais réservez : la capacité est plafonnée à 300 personnes par jour et la réservation est vivement recommandée les samedis, dimanches et jours fériés.

4. La réserve peut fermer en cas de crue

En période de fortes pluies, le site ferme exceptionnellement. Les annonces passent par les pages Facebook et Instagram de la réserve : un coup d’œil avant de partir vous évitera une déconvenue.

La Flobette, la halte au bord de l’eau

À mi-parcours, la Lesse coule au pied du sentier, et une buvette-terrasse vous y attend : La Flobette. On y sert une petite restauration végétarienne et « sauvage », à base de produits locaux, artisanaux et de saison, accompagnée de bières de brasseries artisanales régionales.

Elle est ouverte d’avril à novembre, sept jours sur sept, de 10 h à 17 h, les repas étant servis de 12 h à 15 h. Une précision importante : il n’y a pas de Bancontact. Prévoyez des espèces ou Payconiq. Le pique-nique est autorisé moyennant une consommation, à condition d’emporter ses déchets.

Notre conseil : gardez la Flobette pour le retour. Vous aurez déjà monté vers Hauterecenne, visité les thermes, et vous vous assiérez au bord de la Lesse avec le sentiment très agréable de l’avoir mérité.

Prolonger la journée : Celles et Vêves à deux pas

Le château de Vêves se trouve littéralement rue de Furfooz, à Celles — autant dire à côté. Mais attention au calendrier, car il réserve un piège aux visiteurs de septembre.

Du 30 mars au 1er novembre 2026, Vêves n’ouvre que les samedis, dimanches et jours fériés, de 10 h à 17 h (dernière entrée 16 h 30). Il faut attendre les congés de Toussaint, du 19 octobre au 1er novembre, pour qu’il ouvre tous les jours. En semaine, entre fin août et mi-octobre, il est donc fermé. Comptez 9,50 € pour un adulte, 6,50 € pour un enfant dès quatre ans — costumes de princesses et de chevaliers inclus, ce qui achève généralement de convaincre les plus jeunes. Nous lui avons consacré un article entier.

Celles, tout proche, figure lui aussi parmi les Plus Beaux Villages de Wallonie. On y trouve plusieurs bonnes tables, et à la gare de Gendron-Celles — exactement au point de départ de l’accès piéton de 1,2 km vers la réserve — l’Auberge de la Lesse (082 66 73 02) constitue une halte idéale.

Notre programme d’une journée à Furfooz

  • Matin (9 h 30) — Départ du Bonsoy, route par Dinant et Anseremme. Arrivée au pavillon d’accueil vers 10 h, à l’ouverture : vous aurez le sentier pour vous.
  • Midi (12 h 30) — Les thermes romains, les grottes, puis la montée vers Hauterecenne et son panorama sur le méandre. Déjeuner à La Flobette, au bord de la Lesse.
  • Après-midi (14 h 30) — Fin de la boucle par les pelouses calcaires et leurs papillons. Route vers Celles : le village, ses maisons de pierre, et le château de Vêves si vous êtes un samedi ou un dimanche.
  • Soir (18 h) — Retour vers Dinant par la vallée de la Lesse, arrêt au confluent à Anseremme pour la lumière du soir sur le pont Saint-Jean, puis rentrée au Bonsoy.

Informations pratiques

Réserve naturelle de Furfooz

  • Adresse : Rue du Camp Romain 79, 5500 Furfooz (Dinant)
  • Téléphone : 082 22 34 77
  • Site : reservedefurfooz.be
  • Ouverture 2026 : du 4 avril au 1er novembre, tous les jours de 10 h à 16 h 30 (dernière entrée 16 h 30)
  • Tarifs : adulte 7,50 € — tarif réduit 5 € — enfant 6-12 ans 2 € — moins de 6 ans gratuit — formule « Visiteur Chaleux-reux » 10 € (entrée + soutien au projet d’extension)
  • Parcours : 3,5 km fléchés (flèches bleues), 1 h 30 à 2 h de marche
  • Chiens : interdits — Poussettes et PMR : non accessible
  • Réservation : vivement recommandée les week-ends, congés scolaires et jours fériés (300 personnes/jour maximum)
  • Distance depuis le Bonsoy : environ 25 minutes de voiture

La Flobette (buvette, à mi-parcours)

  • Téléphone : 0477 69 08 74 — Site : laflobette.be
  • Horaires : avril à novembre, 7 j/7 de 10 h à 17 h — repas servis de 12 h à 15 h
  • Paiement : espèces ou Payconiq uniquement (pas de Bancontact)

Château de Vêves (à proximité)

  • Adresse : Rue de Furfooz 3, 5561 Celles — Téléphone : 082 66 63 95
  • Horaires : du 30 mars au 1er novembre, samedis, dimanches et jours fériés de 10 h à 17 h — tous les jours du 19 octobre au 1er novembre
  • Tarifs : adulte 9,50 € — senior et étudiant 8,50 € — enfant dès 4 ans 6,50 € — gratuit moins de 4 ans

Rentrer au chant des oiseaux

Après une journée passée à guetter le faucon pèlerin sur les falaises et le cincle plongeur au fil de la Lesse, il y a une logique évidente à rentrer au Bird House. Notre bungalow ornithologique porte bien son nom : nos voyageurs y prennent le café en observant les mésanges du domaine, et l’on y prolonge volontiers, le soir venu, les conversations commencées sur le sentier.

La région ne demande qu’à être explorée : le Fondry des Chiens à Nismes pour une autre plongée dans le calcaire, l’abbatiale romane d’Hastière à quelques minutes de nos bungalows, ou l’EuroVelo 19 le long de la Meuse si vous préférez la selle au sentier.

L’automne est la plus belle saison de la vallée de la Lesse. Les hêtraies s’embrasent, les sentiers se vident, et la lumière rasante fait ressortir chaque pli du calcaire. Réservez dès maintenant votre séjour au Domaine du Bonsoy — la réserve ferme ses portes le 1er novembre, et il serait dommage d’attendre le printemps.

Sources

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