La vallée de l’Hermeton : une autre façon de découvrir les environs d’Hastière
Tout le monde connaît la Meuse. Elle prend toute la place, avec ses péniches, ses falaises et ses reflets. Mais Hastière a une seconde rivière, discrète, presque timide : l’Hermeton. Elle descend de la Fagne, serpente entre prairies et vieux moulins, et vient se jeter dans la Meuse au village qui porte son nom, Hermeton-sur-Meuse, à quelques minutes seulement du Domaine du Bonsoy.
Une vallée reconnue, et pourtant tranquille

Le bassin de l’Hermeton figure au réseau Natura 2000, et la réserve Natagora de la vallée, créée en 1990, en protège un peu plus de cinquante hectares. Traduction pour le marcheur : prairies de fauche, bas-marais, roselières, grandes herbes à reine-des-prés, lisières de chênes, de charmes et de saules, et une eau vive où la faune se montre sans se presser. Aucune file à l’entrée, aucun parking payant : juste un chemin, une rivière, et le bruit de l’eau sur les graviers.
La vallée, large et peu pentue, descend doucement de 175 à 115 mètres d’altitude. Le climat y est tempéré et humide : brouillards matinaux, gelées tardives, sols qui retiennent l’eau. C’est exactement ce mélange qui a façonné la mosaïque de milieux que l’on traverse, et qui a convaincu les protecteurs de la nature d’agir. L’histoire de la réserve est d’ailleurs liée à un oiseau discret, aujourd’hui très rare : le râle des genêts. Quand le programme européen LIFE a lancé son plan de sauvegarde, Natagora a peu à peu acquis des parcelles le long de la rivière, pour préserver tout un cortège d’habitats typiques des vallées de la Fagne.
Ce classement change la façon de marcher : ici, on ne cueille pas, on ne sort pas des chemins dans les zones de réserve, on garde le chien près de soi. En échange, la vallée offre ce que les sites aménagés ne donnent plus : une nature qui travaille pour elle-même, avec ses fauches tardives, ses eaux libres et ses habitants à plumes.
En novembre, quand les hêtres perdent leur dernier cuivre et que la brume traîne sur les prés, la vallée devient un décor de grande douceur. C’est la saison des photos lentes et des nez rouges.
Des moulins à chaque détour

L’Hermeton a longtemps fait travailler la vallée. Le témoin le plus beau se trouve à Soulme : un moulin admirablement restauré, monument classé, attesté dès le XVe siècle et plusieurs fois reconstruit. Moulin « banal » de l’abbaye de Florennes, il faisait payer sa rente au meunier ; l’édifice actuel date des XVIIe et début XVIIIe siècles, et la date de 1774 se lit encore près du bief. Ce bief, d’ailleurs, vaut le détour à lui seul : creusé dans la seconde moitié du XVIIe siècle, il amène l’eau du barrage, passe en souterrain sous la cour du moulin, puis ressort quelques mètres avant la roue. On le rejoint en quelques minutes de route, et la visite du village, église romane, maisons de pierre claire, double volontiers la balade.
Là où la petite rejoint la grande
Le point final de la rivière vaut le déplacement à lui seul. À Hermeton-sur-Meuse, hameau d’Hastière accroché au bord de l’eau, l’Hermeton achève son cours dans un dernier méandre et glisse dans la Meuse. Le contraste est saisissant : d’un côté le grand fleuve mosan, ses gabarits et son courant ; de l’autre, une rivière de prairie que l’on enjamberait presque. Les pêcheurs connaissent bien ces confluences, et les promeneurs leur donnent raison : c’est un de ces endroits où l’on reste sans raison, juste pour voir deux eaux se mêler.
Une idée d’itinéraire simple
Depuis le Bonsoy, descendez vers Hermeton-sur-Meuse pour voir la confluence, l’endroit exact où la petite rejoint la grande. Remontez ensuite la vallée vers Soulme, laissez la voiture près de l’église, et gagnez le moulin à pied en suivant la rivière. Comptez une demi-journée avec les arrêts photos, moins si la pluie s’en mêle.
Prévoyez des chaussures qui ne craignent pas l’herbe mouillée : en novembre, la vallée boit l’eau comme elle boit la lumière.
En pratique
- Accès : Hermeton-sur-Meuse pour la confluence, Soulme pour le moulin et la promenade en vallée. Les deux sont à quelques minutes du domaine.
- Se garer : près de l’église de Soulme, puis tout faire à pied.
- Durée : une heure pour la boucle du moulin, une demi-journée avec le village et la confluence.
- À emporter : chaussures de marche, jumelles si vous en avez. La vallée se pratique en toute saison, mais c’est en automne et au printemps qu’elle est le plus elle-même.
Quatre saisons, quatre vallées
Revenez à un autre moment et vous ne reconnaîtrez pas tout à fait la rivière. Au printemps, les prairies se couvrent de fleurs avant la fauche ; en été, les grandes herbes cachent presque l’eau ; en hiver, le givre dessine les roseaux. L’automne reste notre saison préférée ici, pour la lumière rase, la brume et cette impression que la vallée se confie davantage quand personne ne regarde.
Le retour au chaud
C’est l’avantage des balades de novembre : elles ont une fin prévue. Les gants sur le poêle, la flambée qui reprend, et la forêt du domaine qui reprend ses droits derrière la fenêtre. Woody Lodge, Bird House et Serenity ont chacun leur poêle à bois : la meilleure façon de commenter la journée.
Et si les rivières vous inspirent, poursuivez avec nos promenades le long de la Meuse ou la vallée de la Molignée, l’autre grande douceur de la région.
Sources : réserve Natagora de la vallée de l’Hermeton (natagora.be) ; pages « Soulme » et « Moulin de Soulme » des Plus Beaux Villages de Wallonie (beauxvillages.be).


