Félicien Rops, l’enfant terrible de Namur et son musée
Il est des jours d’octobre où la Meuse s’enveloppe de brume dès le matin et où l’on n’a plus qu’une envie : pousser la porte d’un lieu qui sent le papier ancien et l’encre fraîche. Namur, à une petite heure du Bonsoy, en abrite un, niché dans la rue Fumal, au cœur de la vieille ville.
Ce lieu porte le nom de Félicien Rops, l’enfant du pays devenu, à Paris, l’une des plumes — ou plutôt l’une des pointes sèches — les plus insolentes du XIXᵉ siècle. Né à Namur le 7 juillet 1833, mort à Corbeil-Essonnes le 23 août 1898, il fut l’ami de Baudelaire, le familier des mardis de Mallarmé, l’illustrateur de Barbey d’Aurevilly et de Verlaine. Son musée provincial, installé dans une maison de la cité mosane, lui rend aujourd’hui un hommage à la mesure de son talent : sensible, érudit, et délicieusement frondeur.
Voici, pour vos jours de pluie ardennaise — ils sont nombreux en novembre, et c’est tant mieux —, l’invitation à un voyage de quelques heures dans l’âme d’un artiste que Namur revendique avec fierté.

Un Namurois à la conquête de Paris
Rops n’est pas de ces artistes que l’on découvre au détour d’une cimaise sans en saisir le contexte. Fils de Namur, il s’est formé dans la ville avant de gagner la capitale française, où il vivra la majeure partie de son existence, au centre des cercles littéraires et artistiques de la fin du siècle. C’est là qu’il se lie d’amitié avec Charles Baudelaire, pour lequel il dessine le frontispice des Épaves, et qu’il fréquente les célèbres mardis de Stéphane Mallarmé, dont il illustrera les Poésies en 1895.
Entre le réalisme et le symbolisme, entre la satire et le rêve, Rops a fait de la gravure un terrain de liberté.
Son nom reste associé au symbolisme et à la décadence fin de siècle, à des œuvres qui n’ont jamais cessé de susciter la controverse, telles que Pornokratès (1878) ou la série des Sataniques. Ses frontispices pour Verlaine (Chair, 1896) et pour Barbey d’Aurevilly (Les Diaboliques) achèvent de le placer au carrefour de la littérature et de l’image. On a même coutume de voir en lui un pionnier de la bande dessinée belge — de quoi donner du relief à une promenade en famille.
Le musée de la rue Fumal : l’élégance au détour d’une ruelle
Le Musée provincial Félicien Rops occupe une maison de la zone piétonne de Namur, au numéro 12 de la rue Fumal. On y accède après une flânerie dans le dédale de la vieille ville, entre les pavés, les enseignes et les odeurs de café qui s’échappent des terrasses. La visite est de celles qui se font à voix basse : dessins, gravures et livres rares s’y succèdent dans une atmosphère propice au regard attentif.
Une collection qui s’enrichit
Le musée vient d’accueillir un ensemble exceptionnel : le dépôt de la collection de Victor Arwas (1937-2010), célèbre marchand et érudit londonien, qui réunit 550 dessins, estampes et livres rares de Rops. Une sélection de 130 pièces a fait l’objet, du 11 avril au 27 septembre 2026, d’une exposition intitulée Collectionner. Si cette exposition temporaire a désormais refermé ses portes, ce dépôt vient considérablement enrichir les collections permanentes du musée, que l’on parcourt avec ce supplément de profondeur.
Le musée propose par ailleurs un nouvel audioguide, dont la voix est une reconstitution par intelligence artificielle de celle de Victor Arwas — une manière originale, et un peu vertigineuse, de se laisser conter les œuvres par celui qui les a aimées.
Un jeu en ligne pour les curieux
Les plus joueurs profiteront du site ropslettres.be : on y compose une collection virtuelle d’œuvres que l’on aimerait posséder, puis Rops en personne vous écrit… pour vous révéler quel genre de collectionneur vous êtes. L’idée est charmante, et prépare joliment la visite.

Pourquoi Rops fascine encore
Rops a ceci de rare qu’il continue de diviser, plus d’un siècle après sa disparition. Certains y voient un provocateur, d’autres un moraliste déguisé ; tous s’accordent à reconnaître la virtuosité d’un graveur qui maniait l’eau-forte et l’aquatinte avec une aisance de chirurgien. Ses estampes, nourries de l’esprit des Symbolistes, fascinent par leur mélange d’ironie mordante et de mélancolie. Elles ont inspiré des générations d’illustrateurs et nourri l’imaginaire d’écrivains qui, d’une rive à l’autre de la frontière, ont fait de lui leur complice.
Le regard d’un Namurois sur le monde
Il y a, dans l’œuvre de Rops, un fil discret qui renvoie à la terre de son enfance. Né à Namur, il a vécu les premières années de son mariage au château de Thozée, à Mettet, domaine de la famille de son épouse, que Baudelaire lui-même visita. La campagne namuroise, ses paysans, ses fêtes villageoises affleurent dans ses premières planches, avant que Paris ne lui offre des sujets plus sulfureux. Voilà de quoi donner à votre visite une saveur particulière : en poussant la porte du musée, vous retrouvez un Namurois qui ne s’est jamais tout à fait détaché de sa Meuse natale.
Une visite à votre rythme
Le musée occupe une maison de la vieille ville : on y vient pour regarder, lentement, des œuvres qui se méritent. Les amateurs d’estampes y nourriront leur curiosité technique, les familles y trouveront matière à questionner (« pourquoi dessine-t-il cela ? »), et les promeneurs du dimanche, un havre au cœur de la ville.

Namur au fil de la journée : de la rue Fumal à la Citadelle
Namur ne se résume pas à ses musées, et c’est tout le charme d’une escapade ici. À deux pas de la rue Fumal, la vieille ville déroule ses ruelles, ses boutiques d’artisans et ses tables accueillantes. Quant à la Citadelle, qui veille sur la confluence de la Sambre et de la Meuse, elle offre, par temps clair, l’un des plus beaux panoramas de Wallonie — nous vous la racontions déjà dans notre article « Namur l’été : au sommet de la citadelle, l’âme wallonne ».
Si la ville vous séduit, notez que Namur est aussi la capitale d’un cinéma que l’on aime à Bonsoy : retrouvez notre évocation du Festival international du film francophone, ou, plus nature, celle du Festival Nature Namur.
Un programme pour la journée
- Matin — Départ de Hastière par la vallée de la Meuse (environ 55 minutes). Café sur la place, puis ouverture du musée à 10 h : comptez deux bonnes heures pour la visite.
- Midi — Déjeuner dans la vieille ville, à deux pas du musée : une brasserie, une carte de saison, un café gourmand.
- Après-midi — Promenade jusqu’à la Citadelle, ou flânerie dans les ruelles commerçantes. Le musée est ouvert jusqu’à 18 h (dernière entrée à 17 h).
- Soir — Retour au Bonsoy en suivant la Meuse à la tombée de la nuit, puis soirée au chaud devant votre bungalow.
Le conseil du Bonsoy : réservez votre visite le premier dimanche du mois, jour de gratuité au musée. Prochaines dates : le 1er novembre puis le 6 décembre.

Prolonger l’escapade culturelle
Une journée consacrée à l’art et à la Meuse appelle naturellement une suite. À Dinant, à une vingtaine de minutes du Bonsoy, vous pourrez suivre notre parcours de huit murs peints au bord de la Meuse, ou monter les 408 marches de la Citadelle de Dinant pour contempler la collégiale dans la lumière d’automne. Pour un instant plus savoureux, laissez-vous conter l’histoire de la couque de Dinant, ce biscuit que l’on ne mord pas.
Informations pratiques
| Lieu | Musée provincial Félicien Rops — rue Fumal 12, 5000 Namur |
|---|---|
| Téléphone | +32 81 77 67 55 |
| Site web | museerops.be |
| Horaires | Du mardi au dimanche, de 10 h à 18 h (dernière entrée à 17 h). Fermé les 24, 25 et 31 décembre et le 1er janvier. |
| Tarifs | Plein tarif : 8 € ; tarif réduit ou groupe : 4 €. Gratuit : moins de 12 ans, écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Article 27 et premier dimanche du mois. |
| Visite guidée | 1 heure, sur réservation, 60 € (+ entrées), 20 personnes maximum |
| Depuis le Bonsoy | Environ 55 minutes en voiture |
Tarifs et horaires relevés auprès du musée ; nous vous invitons à les confirmer avant votre venue.
Dormir au cœur des Ardennes belges
Après une journée de musée, rien ne vaut la chaleur d’un chalet de bois. Notre Woody Lodge vous attend, au cœur du Domaine du Bonsoy, pour de longues soirées au chaud. Votre prochaine escapade culturelle commence ici : réservez votre séjour aux Bungalows du Bonsoy, et laissez la Meuse vous raconter le reste.


